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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 19:49

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Pour Georges Abdallah, contre l’exception française !

Par Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah PACA-Marseille

La France est le seul pays au monde à maintenir derrière les barreaux un combattant de la cause libanaise et palestinienne pour des faits qui remontent à l’invasion du Liban en 1982 (1). La France a été le seul pays au monde à interdire des manifestations de solidarité avec les victimes de l’agression de Gaza en juillet et août 2014. Pourquoi cette « exception française » ?

Ces deux faits sont évidemment liés entre eux. Car ils expriment précisément ce qu’est l’impérialisme français aujourd’hui, ici, en métropole comme dans sa politique, là-bas, au Proche-Orient. Pour le comprendre, il faut revenir sur les faits. Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique détenu en France depuis 30 ans. Il est enfermé actuellement dans la prison française de Lannemezan dans les Hautes Pyrénées. C’est un communiste révolutionnaire libanais qui n’a jamais renié ses engagements. Suite à l’invasion de son pays en 1982, son organisation, les FARL, va mener des actions armées contre des dirigeants de l’armée sioniste et des services secrets américains présents alors en France. Il est en prison pour « complicité » dans ces actions armées ciblées. C’est le plus vieux prisonnier politique d’Europe. Le pouvoir politique français le maintient en détention en accord et sous l’influence directe de ses alliés américain et israélien.

Aujourd’hui, nul ne peut nier qu’il est un prisonnier politique. Il n’y a plus depuis longtemps de raison judiciaire à son maintien en prison. Le 21 novembre 2012, Georges Abdallah a obtenu un avis favorable du tribunal d'application des peines de Paris pour sa libération, "sous réserve qu'il fasse l'objet d'un arrêté d'expulsion du ministère de l'intérieur" à destination du Liban. L’arrêté n’a jamais été prononcé par Manuel Valls alors ministre de l’Intérieur. Pour les autorités françaises, l’acharnement se justifie. En effet, selon les services de renseignement, la libération de Georges Ibrahim Abdallah le transformerait en « héros » au Liban et cela s’opposerait aux « intérêts français » dans ce pays. Cette justification officielle est un aveu. L’emprisonnement de Georges en France est le symbole même de la participation et de la complicité des dirigeants français à l’oppression des peuples du Proche-Orient. Comprenons bien. Georges Abdallah est un otage de l’impérialisme français. Si on veut être exact, c’est un prisonnier de guerre. Une guerre plus ou moins déclarée, qui se mène depuis des décennies, pour que le Proche-Orient reste sous domination occidentale et sous la menace immédiate de l’armée sioniste.

Le refrain sur « l'importation du conflit » et l’internationalisme

Dans cet affrontement, l’argument dérisoire des grandes puissances, qui sèment la terreur sur des peuples entiers, consiste à accuser toute résistance d’être une forme sauvage de « terrorisme ». On connaît bien l’amalgame entre résistance à l’occupation et terrorisme. La solidarité avec la cause de ces peuples étant elle-même taxée d’ « antisémitisme » ou de « communautarisme religieux ». Cette accusation vient pourtant des pays qui soutiennent des régimes théocratiques et toutes sortes de démembrements ethniques de la région, comme en Irak et en Syrie.

Dans le cas de Georges Abdallah comme dans le cas des manifestations de solidarité, la propagande qui doit couvrir cette « exception française » repose sur le même refrain : il est interdit d’ « importer le conflit » du Proche-Orient en France. C’est un argument à sens unique. Si on soutient les opprimés, on importe un conflit. Si c’est l’inverse, on exprime un point de vue citoyen.

Cet argument de l’importation ne fonctionne qu’à la condition d’occulter la nature coloniale du conflit en Palestine et dans le monde arabe. Il faut alors occulter l’implication directe et prolongée de la France impérialiste dans cette affaire. Pourtant, depuis la livraison de la bombe nucléaire en 1956 jusqu’à la déclaration de Hollande le 9 juillet dernier sur le droit d’ « Israël » à bombarder Gaza, les dirigeants français arment, financent et soutiennent les agressions contre les peuples du Proche-Orient.

L’argument de l’importation ne fonctionne aussi qu’à la condition de considérer la solidarité internationaliste comme suspecte par nature. Une suspicion qu’on jette d’abord au visage de la jeunesse populaire, considérée comme un « ennemi de l’intérieur », jusqu’à interdire son expression comme pendant la première Intifada en 1987, ou la guerre du Golfe en 1991.

Surtout, cet argument ne fonctionne qu’a condition d’ignorer ce qu’est l’impérialisme actuel qui configure le monde. Car les conflits ne sont pas « importés » par ceux qui s’en indignent. Ils sont au contraire alimentés et parfois créés de toutes pièces par les puissances qui captent l’essentiel des échanges économiques mondiaux. Les profits de quelques uns qui équivalent à la richesse de dizaines de pays se paient par des guerres. Pour maintenir l’ordre international capitaliste il faut que celui-ci déploie des techniques de « maintien de l’ordre », c’est-à-dire des moyens gigantesques de contrôle et de répression. Pour faire la guerre à l’extérieur, il faut pacifier l’intérieur. Le libre marché des inégalités a besoin de son bras armé comme il a besoin de désarmer les mouvements de solidarité. En canalisant les consciences. En affirmant par exemple que ce qui se passe « là-bas » et ce qui passe « ici » n’a rien à voir. On vise ainsi à détruire la conscience politique qui s’élève toujours à chaque fois que s’exprime une solidarité avec un peuple opprimé. Ce fut le cas pour l’Algérie. Ce fut le cas pour le Vietnam. Ce fut le cas pour l’Afrique du Sud. Ceux qui agitent le spectre de « l’importation des conflits » refusent le combat global contre les injustices ici et là-bas (2). Ce n’est pas notre cas. Mais ne cachons pas que c’est un combat qui reste à généraliser. Georges Abdallah sert de révélateur aux faiblesses du mouvement de solidarité avec les peuples opprimés. Le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien en particulier ne doit plus laisser en marge le combat pour sa libération. Il est temps d’ « importer » sa demande de libération au sein des mots d’ordre centraux du mouvement de solidarité. Ce sera alors un révélateur de sa force.

Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah PACA-Marseille

(1) Même en « Israël », il n’y a plus d’aussi ancien prisonnier palestinien, à l’exception de Karim Younis, un Palestinien de 1948 condamné à vie par une Cour militaire depuis 1983. Mais le dernier prisonnier pour des faits de résistance à l’occupation du Sud-Liban a été libéré depuis plusieurs 

(2) Nous reprenons ici les conclusions d’un petit texte essentiel pour comprendre les présupposés des campagnes de dénigrement et de répression qui touche le mouvement de soutien à la cause palestinienne. Il s’agit de la brochure de Stéphane Lunel, De la Palestine à la France, l’antiracisme en question. Ed. LPJ

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Published by anti-imperialiste - dans Georges Abdallah
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