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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 10:06

         Au risque de déplaire, nous pensons que toutes les vérités sont bonnes à dire. Rendre hommage le 24 octobre à Clément Méric, assassiné par un nazillon il y a six mois, est légitime. Mais organiser à cette fin une réunion antifasciste dans son ancienne école, à Sciences Po Paris, créé nécessairement un malaise pour tout antifasciste conséquent. Sciences Po est avant tout un temple aseptisé de la pensée bourgeoise et de la "réussite" capitaliste. Ce n’est pas un lieu neutre mais un haut lieu du système bourgeois dominant. Ce choix pourrait être accidentel s’il n’était pas un signe, parmi tant d’autres, d’une absence de conscience politique de classe du mouvement antifasciste actuel.

 

En fait, il existe une lutte entre deux types d’antifascismes. L’antifascisme populaire doit éviter comme la peste de sombrer dans les ornières de l’antifascisme bourgeois, inoffensif, patronal. Sinon, il se renie, il est vidé de son contenu et il creuse son propre tombeau. L’antifascisme s’embourbe quand il devient un outil institutionnel et consensuel, c’est-à-dire quand il devient compatible avec le capitalisme. Or, le tract d'appel qui invite à la réunion à Sciences Po est un exemplaire typique de cet antifascisme falsifié même quand il prend des allures « radicales ». Ce débat a lieu sous la bannière de slogans séduisants mais mystificateurs et réducteurs. L’appel au débat s'alarme du possible "retour" à Sciences Po d'un prof FN et centre son propos sur ce danger. C'est un effet d'annonce et c’est sûrement le nec plus ultra de la radicalité dans ce lieu si select. Mais ce n'est pas à la hauteur du combat antifasciste populaire. A l’heure où le ministre PS de la Police annonce que les Roms ont vocation à rentrer chez eux en raison des modes de vie qui sont les leurs, « extrêmement différents des nôtres », limiter l’appel antifasciste est une forfaiture. D’ailleurs ce genre d'appel correspond parfaitement à une instrumentalisation pré-électorale. Il faudra bien trouver des arguments afin de rabattre des voix pour la social-démocratie au pouvoir. L’astuce est archi-connue : dénoncer le seul FN pour neutraliser l’antifascisme, comme on montre un seul arbre pour mieux cacher la forêt. Nous sommes habitués à cette tactique éculée, initiée par la bourgeoisie de gauche durant les sinistres années Mitterrand. Elle consiste à utiliser les sentiments antifascistes tout à fait honorables pour limiter le combat à des cibles indolores pour les dominants. Avec de tels antifascistes, les amis et complices de Valls peuvent dormir tranquilles.  Ainsi, dans une même veine, on dénonce ces derniers temps l'expulsion de jeunes scolarisés sans papiers car leur arrestation a lieu à l’école, dans le "sanctuaire " de la République, prétendument inviolable. Mais finalement, on laisse indemne le racisme d’Etat et toutes les lois scélérates de la machine à expulser. Cette machine qui fonctionne à plein régime, hors du temps scolaire, une fois que les bonnes consciences s'endorment.   

 

Alors, quel le cœur du problème ? C’est l'absence dramatique de conception claire du fascisme de la part des antifas. C'est la conception bourgeoise de l'antifascisme qui domine dans les esprits. Ce n'est pas une question théorique abstraite. C'est la question cruciale de définir qui sont les ennemis et qui sont les amis des masses populaires qui est en jeu.  Pour une frange de la bourgeoisie de gauche, le fascisme c'est le FN et seulement le FN. Or, le fascisme est un processus qui prend naissance dans la crise générale du capitalisme et qui est bien plus large qu’une expression électorale d’extrême-droite. On répètera ici la phrase de Brecht: "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde". Mais nos antifas actuels se demandent-ils aujourd'hui de quel ventre parlait Brecht? Apparemment non, sinon ils relieraient la montée du fascisme à la gestion actuelle de la crise générale capitaliste par les partis bourgeois. Le combat antifasciste se déshonore encore un peu plus en osant se dire "non partisan" comme le proclame toute honte bue le tract d'appel à la réunion de Sciences Po. Confondre le nom héroïque de « partisan » avec l'appartenance à une écurie électorale bourgeoise en dit long sur le degré zéro atteint par des antifas de pacotille, des « apolitiques » véritables rabatteurs de la social-démocratie.  

 

  Est manipulé celui qui est manipulable. En fait, à Sciences Po, dans cette enceinte qui pue la vulgarité bourgeoise, on se baigne au milieu d’une cohorte d’arrivistes qui rêvent d’un stra-pontin dans les allées d’un des pouvoirs en place. Les profs, la plupart sinon la totalité, sont des apologistes forcenés du système le plus inhumain et le plus barbare qui soit. Ce système, le capita-lisme, signifie qu'au nom du confort économique d'une minorité on peut continuer l'exploitation et le génocide quotidien de millions d'opprimés. C’est précisément ce système qui génère le fas-cisme. Ses défenseurs « bon enfants », de droite et de gauche, sont aussi peu fréquentables que leurs frères jumeaux d’extrême-droite. Mais se-lon nos Tartuffe de la bourgeoisie de gauche, la "ligne rouge", le seul crime digne de réprobation, la seule chose inadmissible, ce serait qu'un pro-fesseur, encarté au FN, dans un parti qui prône une variante "nationale" du capitalisme, entre dans ce sanctuaire de l'inégalité qu'est Sciences Po! Nous ne partageons pas cet antifascisme sé-lectif car nous savons que le laboratoire du fas-cisme d’aujourd’hui et de demain se trouve au-tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des institutions bourgeoises. Elargissons le combat.

 

Vive l'antifascisme populaire!

A bas l'antifascisme bourgeois !

 

AGEN

 

(Association générale des étudiants de Nanterre )


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Published by anti-imperialiste - dans L'anti-impérialiste journal.
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